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mercredi 24 mars 2010

]Claque du jour] _ Pavillon des Arts et du Design / jardin des Tuileries / 24-28 mars 2010

Par un hasard de circonstance réjouissant, je me suis retrouvée invitée au vernissage de l’édition 2010 du Pavillon des Arts et du Design qui se tient au Jardin des Tuileries du 24 au 28 mars 2010, salon d'un extrême raffinement qui regroupe les plus fines galeries parisiennes et internationales.

Ambiance nocturne, feutrée, onirique et quasi-iréelle, où les oeuvres sortent de la pénombre, mises en valeur dans des écrins de lumière étudiés. Ambiance dandy-arty-chic décalée, négligemment sophistiquée, où l'on croise un kilt sobre allégé de son tartan traditionnel mais porté avec nonchalence, foulards et étoffes aux couleurs chatoyantes dans des associations inédites. Bien venu dans l'excellence et le bon goût dépoussiérés du classicisme !

Stimulante et exigeante, la sélection des galeristes est un vrai régal pour les yeux et les neurones, pour qui apprécie l’originalité, la facture des meilleurs artistes - qu’ils soient designers, peintres, sculpteurs, photographes, ou encore bijoutiers, orfèvres, l’étincelle de la création d’exception, passée comme future.
Les pièces de mobilier uniques ou en édition très limitée appartiennent à un design historique à la valeur reconnue mais rivalisent d’inventivité et de modernité. Se succède une sélection éclairée des pièces de designers français, scandinaves - Pierre Paulin, Hans Wegner (un de mes préférés), … Mais on retrouve également les œuvres de peintres modernes dont l’héritage a influencé la création contemporaine. J’ai d’ailleurs pu voir une très belle exposition des peintures actuelles de H. Craig Hanna présentés par la Galerie Laurence Hesnol.
Mon autre dada, les œuvres d'art africain et océanien sont également brillamment présentées. L’on peut ainsi admirer de magnifiques masques (songye notamment, ou sepik) présentés par la Galerie Flak, ou encore une margelle de puits en bois à la Galerie Afrique qui pourrait tout à fait s’interpréter comme une scupture contemporaine abstraite.

Mes seuls regrets, soirée trop courte, mon compte-rendu forcément restrictif et incomplet.

En un mot, un régal somptueux à ne pas manquer !

jeudi 18 mars 2010

]Art&Hasard] _ Romuald Hazoumé, artiste "bidon"

Afrique et Art contemporain, l’association ne parait pas immédiate. Lorsqu’on lit le rapport annuel du marché de l'art 2009 publié par ArtPrice, on décompte peu d’artistes du continent africain, notamment parmi le top 500, classement des 500 premiers artistes par chiffre d’affaires ! Et pourtant ! Connaissez-vous par exemple cet artiste béninois du nom de Romuald Hazoumé.

C'est un portraitiste d'un nouveau genre qui emprunte les codes d'un moyen d'expression séculaire en les détournant. Il crée des masques, toute une galerie de masques que je verrais bien habiter sur un nouveau mur de ma "galerie des masques". Il en résulterait un vrai vacarme d'ailleurs, car ces masques "contemporains" se mettraient sans doute à palabrer avec leurs voisins plus anciens et ils leur en raconteraient des choses sur le monde actuel. Ils raconteraient sans doute leur "esclavage", lié au trafic de l’essence car les bidons achetés au marché de Porto Novo au Bénin sont ensuite revendus plein d’essence par les trafiquants à la population béninoise.

Le personnage a des convictions ; sa démarche artistique est engagée, critique, politique. Il « sort » ses masques c’est-à-dire qu’il reprend toutes les étapes de la création. Il essaie de comprendre le pourquoi de ces masques (appelés kaélétas) fabriqués par ses ancêtres yoruba, lui qui a été élevé dans une famille catholique. Le parallélisme de sa démarche avec la mienne est tellement flagrant que cela en est troublant. Mais lui s’est plongé dans la région originelle, celle du Fa, pour comprendre son avenir. Le Fa est une région s’étendant du Nigéria au Ghana, c’est aussi l’oracle qui permet de savoir l’avenir. Il utilise cette double appartenance, il utilise ses contraires intérieurs pour essayer de les réconcilier dans la création de ses masques, à partir d’un medium peu orthodoxe, le bidon, en décalage complet avec les coutumes ancestrales yoruba.

L’artiste a fait plusieurs expositions s’interrogeant tour à tour sur ses origines, sur les nouvelles formes de l’esclavage, sur la situation de son pays, mené par des gouvernants qui s’enrichissent sur le dos des populations désorientées.

Il utilise le bidon mais élargit également ses réalisations, à la photographie ou encore à des mises en scènes qui sollicitent plusieurs sens, olfactifs et auditifs.

Et si vous avez envie d'en savoir plus, je ne saurais que vous conseiller la lecture d'une histoire par l'interessé lui-même qui vous montrera tout l'humour de ce sacré personnage.

Par ailleurs, il sera visible lors de la prochaine foire d'art moderne et contemporain qui se tient au Grand Palais en ce moment, du 18 mars au 22 mars 2010.
 
Bonne nouvelle !

lundi 15 mars 2010

]Humeur] _ facétieuse // Takeshi Kitano // Gosse de Peintre

"Dis, on peut retourner voir l'exposition de Takeshi Kitano, aujourd'hui !" me dit la petite voix fluette de ma fillette de 3 ans.
Comme vous pourrez le constater, Takeshi Kitano et la Fondation Cartier ont atteint leur but : s'adresser aux enfants de tous ages, même les plus jeunes et leur raconter une version inédite de l'histoire du monde, leur donner une vision facétieuse, décalée, poétique ou parfois dure du réel ; dans tous les cas, originale où l'on sent bien que rien n'est gratuit. 

Les petits apprécient les nouvelles raisons données à la disparition des dinosaures (enfin certaines!), les mésaventures  des ventilateurs qui ne tournent jamais comme on l'attendrait, ou encore cette fameuse machine à fabriquer des dessins à la Pollock ! Ils ont adoré interagir et dessiner leur personnage, ou autres sujets proposés. Quand on en vint aux plans cachés de l'armée japonaise montrant les projets de véhicules hybrides, drôle de fusion d'animaux et d'objets, l'excitation fut à son comble ! Et l'on se prend à penser que ces êtres mi-monstrueux ne sont pas très éloignés de ceux que Hayao Miyazaki imagine dans ses dessins animés. 

L'exposition se poursuit en sous-sol avec une présentation de Beat Takeshi Kitano, véritable icône au Japon pour ses oeuvres comiques, loufoques et télévisuelles, ou encore Kitano en "peintre du dimanche" comme apparemment il se désigne lui-même, avec un aperçu de ses oeuvres naives et pop.


L'exposition proposée par la fondation Cartier est rafraichissante. L'Homme présenté, acteur et réalisateur de cinéma, comique et animateur d'émissions TV, peintre et écrivain, force l'admiration sous ses airs d'enfant facétieux et d'adulte humble et rugueux !

Initiative originale !


Photos : site internet Fondation Cartier

mercredi 10 mars 2010

]Petits Compagnons] _ Regards Punu // 2

Kaolin, losange d’écailles et raphia, passeurs spirituels !

Les fameuses « Correspondances » de Baudelaire s’appliquent tellement bien dans le monde africain. En lisant la littérature relative aux masques Punu, on apprend que ces masques sont utilisés lors de cérémonies funéraires pour commémorer l'esprit des défunts.


C’est le « mukuyi » (dans le bassin de la Ngounié au Gabon) qui commémore les défunts, masculins ou féminins (esprits des jeunes et belles filles mortes). Le danseur porte un masque « corporel », composé d’un vêtement en raphia, et pour la tête, de notre fameux masque punu. Il est monté sur des échasses, en signe d’élévation et d’autorité, tient un chasse-mouches, symbole de sagesse et exécute des danses acrobatiques au milieu de l’assistance.

La patine blanche du kaolin qui recouvre le masque est souvent utilisée pour représenter les esprits des ancêtres, et donc, la mort ou la réincarnation. Il fonctionne comme un pont jeté permettant de « passer » vers un autre monde. Autre marque de l’au-delà, le motif en forme d’écailles, à neuf losanges. Les neuf losanges frontaux représentent les mythes fondateurs du monde punu, le point central étant l'esprit créateur qui a engendré les quatre points cardinaux (le monde) et les deux couples primordiaux (les humains). Ils évoquent la perfection et la sagesse. Ce signe, dont le motif le plus courant comprend neuf losanges, est nommé « mabinda » et était gravé dans la chair des enfants (entre dix et quatorze ans).

mercredi 3 mars 2010

]Petits Compagnons] _ Regards Punu

Je pose souvent mon regard sur ce mur de masques, ma galerie des masques comme je l’appelle. Parfois lassée par une journée stérile, je m’installe sur mon fauteuil à bascule pour un face à face toujours fructueux. Mes yeux se défroissent à leur contemplation, parfois, je les scrute de très près pour examiner leur facture, leur originalité. Parfois, mon regard les traverse et s’appuie simplement sur eux, comme sur de vieux amis, pour une rêverie éveillée. Parfois, mon regard est plus inquisiteur, et voudrait percer le non-dit de leur présence.

A chaque fois, mes petits compagnons, tous sans exception, me renvoient leur beau regard intérieur mais que dit-il ?

// Masque Punu /// Gabon

C'est par ce masque que j'ai commencé à entrer dans ce nouvel univers. Il était accroché au mur d'une galerie voisine ... et je suis passée, repassée devant pendant des jours, attirée par ce doux regard mi-clos, aux yeux en amande boursouflés par un sommeil trop lourd, regard étrange qui semble voir un au-delà intérieur. J'avais l'impression que ce masque m'appelait et voulait partager quelque vérité insoupçonnée, qu'il n'était lui-même que la partie immergée d'un "autre chose".
 Ses yeux fermés sont énormes, marqués, presque aussi disproportionnés que ceux des nouveaux nés. Ils sont parfois ourlés d'un pigment plus brun (comme sur mon autre masque punu) qui renforce encore l'énigme qui s'en dégage. 
La coiffe haute et sophistiquée retombe en tresses égales sur les côtés. La pommette est altière ; la course des sourcils fine et racée.   
L'ovale tendre du visage s'échoue délicatement sur un menton en saillie. La bouche entrou'verte sur des lèvres d'un carmin surnaturel à force d'être trop réel  semble susurrer quelques confidences intimes.
Son front a reçu un baiser de fer qui a gravé à jamais dans sa chair un losange de 9 scarifications.

 Nous sommes en présence d'un esprit féminin. Sourit-il ?  

vendredi 26 février 2010

]Art & Hasard] _ Liu Bolin

En me baladant sur le net, voici ce que j'ai déniché. Interesting isn'it ?
Quand le camouflage devient Art !


Outre la performance, le propos de cet artiste chinois est de protester contre la censure exercée par les autorités de son pays qui ont fermé, il y a quelques années, son atelier et interdit ses expositions .

 
D'où cette série de photos "Hiding in the city" où l'artiste manifeste silencieusement son opposition ! 

Le tout est de le repérer !



Celle-ci est fabuleuse. Vous l'avez trouvé ?

Allez encore quelques unes plus récentes :














 
























source photos : arnet, fluctuat